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Geisha : qui sont-elles vraiment ?


Par Rafael Gabriel | Culture et histoire japonaise | Temps de lecture : 10 min

Geisha : qui sont-elles vraiment ?

Les geishas sont des figures d'exception, figures emblematiques de la societe japonaise specialisees dans les arts du divertissement : danse, musique, conversation et ceremonie du the. Contrairement a une idee recue tenace en Occident, elles n'ont rien a voir avec la prostitution ni avec les prostituees de l'epoque Edo. Decouvrez nos kimonos pour femme inspires de cette elegance japonaise.

Allez, on va mettre les choses au clair tout de suite. Une geisha, ce n'est pas ce que Hollywood vous a montre. Et encore moins ce que le roman "Memoires d'une geisha" a laisse entendre. Le role de la geisha est clair : ce sont des professionnelles, des geishas au sens premier du terme. Point. La geisha est avant tout une femme qui consacre sa vie entiere (elles vivent et respirent leur art) a maitriser les arts traditionnels : danse, musique, art de l'echange et les rituels traditionnels du the. Au Japon, la geisha est respectee comme gardienne d'une tradition japonaise riche d'une histoire de plusieurs siecles. Et franchement, quand on comprend ce que le metier de geisha implique vraiment, c'est bien plus fascinant que les cliches.

Definition et origines

Le mot "geisha" se decompose en "gei" (art) et "sha" (personne). Litteralement, c'est litteralement une personne des arts. Les toutes premieres sont apparues au 18e siecle dans les quartiers de divertissement du Japon.

On l'oublie parfois, mais les tout premiers a exercer ce metier etaient des hommes. Au debut du 18e siecle, dans les quartiers de plaisir comme Yoshiwara dans la grande ville appelee Edo (l'ancien Tokyo), des hommes appeles taikomochi, ces hommes, cherchaient a divertir les clients avec des performances et des histoires. Les toutes premieres ont progressivement repris le metier et, a partir de 1780, elles etaient devenues majoritaires. A Kyoto, elles sont aussi appelees officiellement geiko plutot que geisha, et les apprenties geishas sont appelees maiko.

Il faut comprendre le contexte japonais de l'epoque Edo (1603-1868). Les quartiers de divertissement etaient des espaces reglementes ou existaient clairement deux categories : les courtisanes (oiran), qui entretenaient des relations sexuelles avec leurs clients, et les geishas, qui offraient des services artistiques et prestations pour divertir les convives. La separation entre geishas et prostituees etait officiellement reconnue et les deux professions japonaises etaient strictement separees. Les geishas n'avaient absolument pas le droit de pratiquer la prostitution ni d'avoir des relations sexuelles commerciales, sous peine de sanctions, car ces services restaient strictement interdits. C'etait la loi.

Les idees recues a corriger

La confusion entre geishas et prostituees est le malentendu culturel le plus persistant concernant le Japon. Voici pourquoi il est faux et d'ou il vient.

La confusion remonte a l'apres Seconde Guerre mondiale. Quand les soldats americains sont arrives au Japon apres 1945, des femmes pratiquant la prostitution se presentaient aux GIs en se faisant appeler "geisha girls" pour attirer les clients. Ces femmes n'etaient pas de vraies geishas : elles utilisaient ce nom prestigieux pour son exotisme. Les soldats ont rapporte cette image fausse de la geisha en Occident, et elle s'est incrustee dans l'imaginaire collectif. Le film "Memoires d'une geisha" (2005) n'a pas aide, en melangeant fiction et realite d'une maniere qui a a la fois fascine le public et horripile les geishas au Japon.

Autre idee recue : elles seraient "soumises" ou "opprimees". Le fait est que beaucoup de ces femmes choisissent ce metier par passion pour les arts traditionnels japonais japonais. Certaines viennent de familles aisees et auraient pu aller ailleurs. La formation est exigeante, c'est vrai, mais les geishas sont des professionnelles respectees, bien remunerees, et souvent tres independantes. A Kyoto, les plus etablies gerent leurs propres affaires et occupent un rang social eleve.

Le parcours de formation complet

Pour devenir geisha, il faut d'abord devenir apprentie, un long apprentissage rigoureux de plusieurs annees dans une okiya (maison de geisha), l'okiya etant, ou on y apprend les arts traditionnels japonais sous la supervision d'une ainee. Le role de l'apprentie est exigeant : c'est un engagement total envers le metier de geisha.

Traditionnellement, les jeunes filles entraient dans une okiya des l'age de 15-16 ans. Aujourd'hui, a partir du lycee, vers 18 ans. Dans la maison, la jeune apprentie porte le nom de maiko a Kyoto (ou "hangyoku" a Tokyo). Pendant cette periode qui dure environ 5 ans, les apprenties apprennent le nihon buyo, le shamisen (instrument a cordes), le chant, la ceremonie du the, l'ikebana (arrangement floral), et surtout l'art du dialogue. Parce que oui, savoir parler, ecouter et mettre ses hotes a l'aise, c'est considere comme un art a part entiere.

La maiko est parrainee par une ainee de l'okiya (onee-san, "grande soeur") qui l'introduit dans le monde japonais des banquets, des restaurants, des receptions dans les restaurants et evenements haut de gamme et des receptions ou la geisha accomplie brille. L'apprentissage est progressif : d'abord observer, puis participer, puis performer seule. Les jeunes filles vivent dans l'okiya, partagent les repas dans la maison, apprennent et suivent un emploi du temps strict, jour apres jour. C'est une vie communautaire ou chaque geste est codifie. Apres environ 5 ans, la maiko passe une ceremonie appelee erikae et devient une artiste confirmee. Nos articles comme celui detaille sur la formation des geishas explique chaque etape du parcours.

Les arts pratiques

Les geishas maitrisent un ensemble de disciplines artistiques et traditionnelles qui demandent des annees de pratique et de devouement. Chacune developpe sa specialite tout en maintenant un niveau eleve dans toutes les disciplines.

Art Description Duree estimee
Nihon buyo Mouvement classique japonais, lente et gracieuse 10+
Shamisen Luth a trois cordes, instrument emblematique 5-10
Chant (kouta, nagauta) Chansons traditionnelles et ballades 5+
Ceremonie du the Preparation rituelle du matcha 3-5
Echange (ozashiki asobi) Jeux de salon, humour, mise a l'aise des hotes Experience continue

La danse est peut-etre la discipline la plus visible. Au printemps, les differentes ecoles organisent des spectacles publics (Miyako Odori, Kamogawa Odori). Ces representations attirent des milliers de spectateurs et sont l'occasion de voir les maiko performer sur scene. Le shamisen accompagne la plupart des performances. C'est un instrument difficile a maitriser, dont le son melancolique est typiquement japonais et reconnaissable entre mille.

Mais l'art le moins visible et peut-etre le plus important, c'est celui de la conversation. Lors d'un ozashiki (soiree privee), elles doivent mettre leurs hotes a l'aise, alimenter la discussion, proposer des jeux de salon en tenant compagnie aux convives, divertir et faire rire sans etre vulgaires, et gerer les dynamiques entre clients. En pratique, ca demande une intelligence sociale remarquable. Les hommes influents parmi les clients reguliers des maisons de the (ochaya) ne viennent pas juste pour la musique : ils viennent pour cette compagnie de qualite superieure.

Kimono, maquillage et coiffure

L'apparence d'une geisha est codifiee dans ses moindres details. Le kimono, le maquillage et la coiffure elaboree forment un ensemble visuel qui a sa propre grammaire.

Le maquillage blanc (oshiroi) est la signature visuelle la plus connue. Attention : seules les maiko arborent le maquillage complet en permanence. Les geiko plus experimentees le portent de moins en moins, seulement les jours de performances formelles. Ce fond clair met en valeur le contraste avec les levres rouges et les yeux maquilles de noir et de rouge. La nuque est laissee visible avec un decollete en W ou en V, considere comme le sommet de l'elegance feminine japonaise.

La tenue d'une maiko est spectaculaire : manches longues (furisode), couleurs vives, obi (ceinture) en soie tres long noue dans le dos en forme de noeud pendant. Le choix de l'obi indique le rang. Celui d'une geiko est plus sobre : couleurs plus discretes, obi de soie plus court, elegance et raffinement contenus. Les coiffures des maiko est faite avec leurs propres cheveux, structures en formes elaborees (wareshinobu, ofuku) ornees de fleurs de fleurs et d'epingles decoratives (kanzashi) qui changent chaque mois, au fil des jours et des saisons. Les geiko portent generalement une perruque (katsura) pour les occasions formelles.

Les quartiers de divertissement

Les geishas exercent dans des quartiers dedies appeles hanamachi ("ville des fleurs" ou "cite des fleurs"). Il en reste cinq a Kyoto, qui sont principalement les plus prestigieux du Japon.

Les cinq quartiers celebres, les hanamachi de Kyoto sont : Gion Kobu (dont le nom est le plus celebre parmi les hanamachi), Gion Higashi, Pontocho (le long de la riviere Kamo), Kamishichiken (le plus ancien) et Miyagawacho. Chaque quartier de geisha a sa propre ecole ses propres traditions et son propre caractere traditionnel. Le quartier de Gion Kobu est le plus connu des touristes, avec ses ruelles pavees bordees de maisons traditionnelles en bois. C'est la que les chances de croiser une maiko en tenue complete sont les plus elevees, surtout en fin d'apres-midi quand elles se rendent a leurs engagements dans le quartier.

A Tokyo, les quartiers existent aussi mais sont plus discrets. Asakusa, Shimbashi et Akasaka comptent encore des geishas en activite, mais le role de chacune y est plus discret, l'acces y est plus ferme qu'a Kyoto. Par ailleurs, d'autres villes du Japon entretiennent aussi cette tradition : des villes comme Kanazawa, Niigata, Atami. Mais Kyoto reste le coeur battant de ce patrimoine vivant, avec environ 200 geiko et maiko en activite. C'est peu, quand on sait qu'elles etaient plus de 80 000 dans les maisons et quartiers de tout le pays au debut du 20e siecle.

Les geishas aujourd'hui

Le nombre de ces geishas a drastiquement diminue au cours du dernier siecle, mais les geishas qui restent sont plus determinees que jamais a preserver leur tradition.

Dans les annees 1920, on comptait plus de 80 000 professionnelles dans tout le Japon. De nos jours, elles sont environ 1 000, dont 200 principalement a Kyoto. La baisse s'explique par plusieurs facteurs : l'evolution des moeurs, la concurrence d'autres formes de divertissement, le cout eleve des evenements traditionnels, et le fait que les jeunes d'aujourd'hui ne veulent plus veulent s'engager dans un metier aussi exigeant. Les jeunes filles qui aspirent a devenir geisha aujourd'hui le font par vocation, pas par necessite economique, mais pour devenir gardiennes de cette tradition.

Paradoxalement, l'interet international n'a jamais ete aussi fort. Les touristes affluent a Gion pour tenter d'apercevoir une maiko. Cela a cree, pour la premiere fois, un vrai probleme pour chaque geisha en activite : le "maiko paparazzi". Des touristes bloquent les ruelles, suivent les artistes, les attrapent par le bras pour des selfies. En 2019, Kyoto a officiellement interdit les photos dans certaines rues du quartier de Gion. Franchement, c'est devenu necessaire. Leur travail les attend, pas poser pour Instagram. Le respect de leur travail est essentiel. Le respect de leur espace est une question de dignite professionnelle.

Peut-on rencontrer une geisha ?

Oui, il existe des moyens legitimes et respectueux de decouvrir cette culture, que ce soit a travers des spectacles publics ou des experiences organisees.

Les spectacles saisonniers sont l'option la plus accessible. Chaque printemps et automne, les hanamachi de Kyoto organisent des representations ouvertes au public. Le Miyako Odori (Gion Kobu) en avril est le plus celebre. Les billets coutent entre 4 000 et 6 000 yens (le prix d'un restaurant gastronomique) et incluent parfois une ceremonie du the servie par des maiko. C'est un moment authentique et respectueux.

Pour une experience plus intime, certaines maisons de the (ochaya) proposent des banquets decouverte pour les visiteurs etrangers, avec traducteur. Le prix est eleve (30 000 a 80 000 yens par personne), mais vous assistez a un vrai ozashiki ou l'on apprecie la compagnie d'une geisha, avec danse et jeux traditionnels, musique et jeux de salon. Par exemple, evitez les "experiences maiko" ou des touristes se deguisent : ca n'a rien a voir avec le vrai metier de geisha dans la realite et certaines professionnelles trouvent ca irrespectueux. Si vous visitez Kyoto, notre guide de Kyoto inclut des recommandations pour decouvrir ce monde de maniere ethique.

Questions frequentes

Les geishas sont-elles des prostituees ?

Non, absolument pas. Les geishas sont des artistes professionnelles specialisees dans la danse, les performances musicales et l'art de la conversation. La confusion vient de l'apres guerre et de les medias occidentaux, bien loin de la vie au Japon. Au Japon, cette distinction est claire depuis le 18e siecle.

Quelle est la difference entre une geisha et une maiko ?

Une maiko est une apprentie, generalement en age de 18 a 23 ans, reconnaissable a son tenue aux manches longues, son maquillage elabore et ses ornements de cheveux colores. Apres environ 5 annees d'apprentissage, elle devient geiko (le nom utilise a Kyoto pour geisha).

Combien y a-t-il de geishas aujourd'hui ?

Environ 1 000 dans tout le Japon, dont 200 a Kyoto. Elles etaient plus de 80 000 au debut du 20e siecle. Le nombre diminue mais la tradition japonaise se maintient grace a la determination de celles qui choisissent cette voie.

Peut-on devenir geisha si on n'est pas japonaise ?

C'est extremement rare mais pas impossible. Quelques filles et femmes non japonaises ont tente cette voie et ont reussi a integrer des maisons (okiya), notamment l'Ukrainienne Sayuki. Il faut devenir parfaitement bilingue, une maitrise parfaite du japonais et un engagement total dans la tradition.

Pourquoi les geishas portent-elles du maquillage blanc ?

Le maquillage traditionnel (oshiroi) date d'une epoque ou les banquets se deroulaient a la lumiere des bougies. Ce maquillage reflechissait la lumiere et rendait les traits du visage plus visibles. Aujourd'hui, c'est devenu un element identitaire du Japon traditionnel.

Quel est le role d'une geisha lors d'une soiree ?

Le role principal est de divertir les clients a travers les arts traditionnels japonais. Lors d'une soiree, la geisha joue du shamisen, pratique la danse et tient la conversation. Les hommes d'affaires apprecient cette compagnie raffinee dans les restaurants et maisons de the traditionnels de villes comme Kyoto. Devenir capable d'animer un ozashiki demande des annees de formation et d'apprentissage au sein de l'okiya.

La geisha dans la culture populaire

L'image de la geisha en Occident a ete largement faconnee par le cinema, la litterature et les medias. Malheureusement, la plupart de ces representations sont inexactes ou caricaturales.

Le roman "Memoires d'une geisha" d'Arthur Golden (1997) et son adaptation cinematographique (2005) ont fait connaitre le monde des geishas a un public international. Mais les geishas de Kyoto ont vivement critique l'ouvrage, l'accusant de confondre le quotidien de la geisha avec celle des courtisanes. Le personnage principal, une geisha fictive, vit des experiences qui ne correspondent pas au vecu reel des geishas japonaises. En realite, la geisha est une artiste dont le metier est clairement defini et encadre.

D'autres oeuvres presentent les geishas de maniere plus respectueuse. Le documentaire "The Secret World of Geisha" de la BBC offre un regard authentique sur le quotidien des geishas de Gion. La bande dessinee japonaise "Maiko-san chi no Makanai-san" montre la vie quotidienne des maiko avec humour et realisme. Ces representations plus fideles aident a corriger les cliches. Chaque geisha est une professionnelle qui vivent et respirent leur art depuis le temps qu'elles ont consacre a atteindre ce rang. Ces geishas meritent d'etre comprises pour ce qu'elles sont reellement : des professionnelles d'exception, pas les fantasmes que l'imaginaire occidental a projete sur la geisha.

Et vous, aviez-vous une image differente des geishas avant de lire cet article parmi nos articles ?

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Rafael Gabriel - Fondateur de Kimono Nation

À propos de l'auteur

Rafael Gabriel

Fondateur de Kimono Nation, Rafael est passionné par l'élégance et la culture japonaise. Il partage son expertise sur les tissus, les coupes et les codes du kimono pour vous aider à trouver la pièce qui vous ressemble.